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DÉSERT ROUGE, LE

(Il Deserto rosso))

Un film de Michelangelo ANTONIONI | Drame | Italie | 1964 | 115mn

Giuliana, mariée à un industriel, Ugo, et mère d’un petit garçon, Valerio, est sujette à de fréquentes crises d’angoisse. Elle erre dans la triste banlieue industrielle de Ravenne tout en essayant de donner sens au monde qui l’entoure. Elle recherche le réconfort auprès de Corrado, un ami de son mari venu recruter de la main d’oeuvre pour fonder une usine en Patagonie. Mais celui-ci se révèlera également incapable de la comprendre et elle retournera à ses interrogations sans réponse.

Sortie en salles le 04 janvier 2006

Sortie en DVD et Coffret DVD le 05 septembre 2006


LION D’OR FESTIVAL DE VENISE 1964

 

« J’éprouve le besoin d’exprimer la réalité dans des termes qui ne soient pas réalistes. La ligne blanche abstraite qui entre dans le plan au début de la séquence de la petite rue grise m’intéresse beaucoup plus que la voiture qui arrive : c’est une façon d’aborder le personnage à partir des choses, plutôt qu’à travers sa vie. Sa vie au fond ne m’intéresse que relativement »

Michelangelo Antonioni, « La nuit, l’éclipse, l’aurore », entretien avec Jean-Luc Godard, Cahiers du cinéma n°160, novembre 1964

 

L’errance comme aventure du regard
Le Désert Rouge dans la lignée de trois films précédents d’Antonioni (L’Avventura, La Notte, L’Eclisse), est un film sur l’errance et la perte de repères et de sens. Giuliana, après une tentative de suicide sans motivation explicite, déambule dans l’immensité de la plaine industrielle du Pô où les corps se noient dans la brume et la fumée qui s’échappe des cheminées. Cette perte de signification chez Antonioni est d’abord une aventure du regard qui tend à irréaliser le réel, rapprochant Antonioni des plus grands peintres abstraits et faisant du cinéaste l’un des auteurs emblématiques de la modernité cinématographique :


Chez Antonioni, le drame n’est plus psychologique mais devient plastique ou, du moins, l’un et l’autre ne font qu’un.

 

Une confrontation du personnage et du paysage
Si Antonioni est proche des peintres romantiques en ce sens que le paysage est un reflet des sentiments du personnage, il s’en démarque cependant puisque c’est ici la réalité extérieure, comprise comme un phénomène essentiellement plastique (effet de matières, de couleurs, de lignes), qui semble déterminer la crise du personnage, confronté à la modernité du monde industriel. Mais si cette manifestation du monde est source d’angoisse pour le protagoniste, il semble qu’elle est source de beauté pour le cinéaste. Le regard de Giuliana est un relais pour Antonioni qui lui permet d’explorer les possibilités plastiques du monde jusqu’à l’abstraction et la défiguration.

 

« Notre vie, même si nous ne nous en rendons pas compte, est dominée par « l’industrie ». Et par « industrie », il ne faut pas entendre seulement usines, mais aussi et surtout produits. Ces produits sont partout, ils entrent dans nos maisons, faits de plastique et d’autres matériaux inconnus il y a quelques années à peine, ils sont vivement colorés, ils nous rejoignent où que nous soyons. A l’aide d’une publicité qui tient de plus en plus compte de notre psychologie et de notre subconscient, ils nous obsèdent. Je peux dire ceci : en situant l’histoire du Désert Rouge dans le monde des usines, je suis remonté à la source de cette sorte de crise qui, comme un fleuve, reçoit mille affluents, se divise en mille bras pour enfin tout submerger et se répandre partout. »

« La nuit, l’éclipse, l’aurore », entretien avec Jean-Luc Godard, Cahiers du cinéma n°160, novembre 1964

 

« Cette fois-ci, il ne s'agit pas d'un film sur les sentiments. Les résultats, qu'ils soient bons ou mauvais, beaux ou laids, obtenus dans mes précédents films sont ici dépassés, caduques. Le propos est tout autre. Auparavant, c'était les rapports des personnages entre eux qui m'intéressaient. Ici le personnage central est confronté également avec le milieu social, ce qui fait que je traite mon histoire d'une façon toute différente. Il est trop simpliste, comme beaucoup l'ont fait, de dire que j'accuse ce monde industrialisé, inhumain où l'individu est écrasé et conduit à la névrose. Mon intention au contraire, encore que l'on sache souvent très bien d'où l'on part mais nullement où l'on aboutira, était de traduire la beauté de ce monde où même les usines peuvent être très belles. La ligne, les courbes des usines et de leurs cheminées sont peut-être plus belles qu'une ligne d'arbres que l'oeil a déjà trop vus. C'est un monde riche, vivant, utile »
« La nuit, l’éclipse, l’aurore », entretien avec Jean-Luc Godard, Cahiers du cinéma n°160, novembre 1964

 

La couleur
Pour son premier film en couleur, Antonioni a porté une attention toute particulière à cette nouvelle donnée esthétique. Pour évoquer la tristesse des plaines industrielles dans lesquelles erre son héroïne, il n’a pas hésité à « repeindre le visage de la réalité » lors du tournage ou à intervenir au moment du développement, allant même jusqu’à repeindre les arbres pour atténuer la vivacité de leur vert ou à brûler l’herbe au chalumeau.

 

« Dans Le Désert rouge, j’ai dû repeindre le visage de la réalité, les routes, les paysages, les peindre matériellement. Cela n’a pas été facile. Tant que l’on est en studio, c’est facile mais lorsque l’on tourne en extérieurs, violer la réalité devient un sérieux problème. Il suffit d’une gelée blanche pour tout gâcher. J’avais peint un bois entier en gris pour le rendre pareil au ciment. Il a plu et toute la couleur est partie. Trois jours et trois nuits de travail anéantis. » La revue du cinéma n°298, septembre 1975

Réalisation : Michelangelo ANTONIONI

Scénario : Tonino GUERRA & Michelangelo ANTONIONI

Avec : Monica VITTI, Richard HARRIS & Carlo CHIONETTI

Musique : Giovanni FUSCO

Montage : Eraldo DA ROMA

Décors : Piero POLETTO

Chef opérateur : Carlo DI PALMA

Production : Film Duemila, Federiz & Francoriz Production

Producteur : Tonino CERVI

        
        
Réalisateur
Rainer Werner FASSBINDER

Michelangelo ANTONIONI


Né en 1912 à Ferrara (Italie) et décédé à Rome le 30 juillet 2007.

Après des études à Ferrara puis Bologne (sciences économiques), il se consacre au journalisme.
Parti pour Rome en 1939, il collabore à la revue Cinéma. Il est envoyé en tant qu'assistant stagiaire auprès de Carné qui réalise Les Visiteurs d'un Soir.
Il entreprend en 1943 son premier essai, Gentle del Po (CM documentaire) mais c'est comme scénariste qu'il participe à Chasse Tragique (G. de Santis, 1948) et au Cheikh Blanc (F. Fellini, 1952).

Après une dizaine de courts métages, il tourne Chronique d'un amour en 1950, début d'une filmographie relativement peu abondante, héritière pour une part du néoréalisme dans ss constats d'échecs sociaux (les Vaincus - interdit en France jusqu'en 1963... - ou le Cri) et de l'interrogation pavésienne sur la solitude et l'incommunicabilité (Femmes entre elles, l'Avventura). C'est ce dernier titre qui vaut à Antonioni la notoriété en 1960, comme il marque une rupture par rapport aux motivations psychologiques traditionnelles et à l'argumentation dramaturgique des films précédents. (...) La fortune de ces films (...) est qu'ils correspondent alors à un phénomène de sensibilité : l'incommunicabilité, la déshumanisation de la vie, l'agression du monde (...)
À l'évidence, Antonioni est un cinéaste de la solitude. Son univers nocturne, déserté, et qu'habite le silence, ou les paroles inutiles, convenues et dérisoires ne retiennent aucune dérive de s'accomplir, a su refléter un monde qui, pour une part, est aussi le nôtre. Et rien n'est jamais vulgaire, ni démagogique, ni dramatiquement exagéré dans son oeuvre. C'est un cinéma de la "sous-convention", ainsi que l'on a défini les romans de Nathalie Sarraute.

Le peu que chacun communique n'est pas dit... Intellectuel et lyrique à la fois, Antonioni occupe, face à cette réelle impasse, une place bien particulière. L'importance qu'il accorde à l'esthétique est différente, dans sa nature même, du raffinement de Visconti, du baroque ironique de Fellini; son sens de la réalité a pris, très tôt, ses distances par rapport à De Sica, à Lattuada. Et personne, dans la génération suivante, ne semble lui devoir quoi que ce soit.

Dictionnaire du cinéma, Larousse, 1986

FILMOGRAPHIE

Eros (2003)
Destinazione Verna (2000)
Par-dela les nuages (1995)
Identification d'une femme (1982)
Le mystère d'Oberwald (1980)
Profession : reporter (1975)
Chung Kuo - La Chine (1972)
Zabrishie Point (1970)
Blow up (1966)
I Tre Volti (1965)
Le désert rouge (1964)
L'éclipse (1962)
La Nuit (1961)
L'Avventura (1960)
Le Cri (1957)
Femmes entre elles (1955)
La dame sans camelias (1953)
L'amour à la ville (1953)
Les Vaincus (1952)
Chronique d'un amour (1950)
Ce téléphérique du Mont Faloria (1950)
Superstition (1949)
La Rayonne (1949)
Nettoyage urbain (1948)
Le mensonge amoureux (1948)
Les gens du Po (1943)

 

DVD - DÉSERT ROUGE, LE
Produit épuisé
 
DVD 9 – NOUVEAU MASTER RESTAURÉ
Version Originale - Sous-Titres Français
Format 1.85 respecté – 16/9 compatible 4/3
Couleurs

BONUS :

 

. Le désert et l'oasis (12 mn)
Illustré autour d’un texte de Jean-Louis Comolli paru dans Les Cahiers du Cinéma N° 159 (octobre 1964), un retour sur Le Désert rouge et sur le changement de regard que le cinéaste opère sur le monde.


. Le(s) sens suspendu(s) (17 mn)
Entretien avec Clotilde Simond, enseignante de cinéma à l'Université Paris III.

Comment Antonioni utilise les moyens du cinéma pour nous offrir une vision unique de l'être-au-monde du sujet moderne.

 

. Les Écrans de la Ville : entretien avec Antonioni (11 mn)  Document INA

 

Un entretien d’époque exclusif où Antonioni revient sur la genèse du film, sur l’univers industriel peint et sur ses personnages.

 

. Rushes Inédits du DESERT ROUGE (6 mn)

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