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SALAUDS DORMENT EN PAIX, LES

(Warui yatsu hodo yoku nemuru)

Un film de Akira KUROSAWA | Drame | Japon | 1960 | 151mn | N&B

Miwabuchi, puissant homme d’affaires, s’apprête à marier sa fille Yoshiko à son secrétaire particulier, Koichi Nishi. Les festivités du repas de noces sont troublées par une succession d’événements : l’arrestation de l’un des comptables de la société et l’arrivée d’une mystérieuse pièce montée faisant écho au suicide d’un employé cinq ans auparavant. Éclate bientôt un scandale financier mettant en cause le fonctionnement de la compagnie. Au cœur de cette tempête médiatique, le fidèle Nishi se révèle bientôt moins loyal qu’il n’y paraît…

Au cinéma le 9 mars en version restaurée inédite dans le cadre de la Rétrospective Akira Kurosawa - Les Années Toho

 

AVEC CE FILM NOIR LIBREMENT INSPIRÉ DE "HAMLET",

LE CINÉASTE S’ATTAQUE À LA CORRUPTION DANS SON PAYS

 

Réalisé en 1960, Les Salauds dorment en paix est le premier film de la toute nouvelle société fondée par le cinéaste, Kurosawa Production – la Toho étant également coproductrice. Après avoir réalisé trois films historiques à la suite, Kurosawa souhaite à présent se tourner vers des sujets plus contemporains. La création de cette société indépendante lui permet dès lors une plus grande autonomie quant au choix des thématiques. Les Salauds dorment en paix est né de la volonté de tourner un film sur la corruption de la haute finance au Japon, principal fléau de l’après-guerre selon le cinéaste. Il s’agit de l’une de ses œuvres les plus ambitieuses, ayant nécessité cinq scénaristes et pas moins de 85 jours de tournage. Ici, Kurosawa se tourne à nouveau vers un grand classique shakespearien, Hamlet, même si son film n’en est qu’une transposition assez lointaine, avec l’histoire de ce fils qui décide de venger son père défunt. Il opte pour une esthétique du film noir en portant un soin particulier à la composition des cadres, avec une splendide utilisation du noir et blanc, venant renforcer la noirceur du propos. En signant Les Salauds dorment en paix, l’un des films les plus sombres de sa filmographie, Kurosawa fait figure de double cinématographique de Simenon pour la férocité et la profondeur psychologique de ses personnages. La corruption que le cinéaste met en cause est une spirale sans fin, semble-t-il nous dire.

 

 

 

        
        
Réalisateur
Rainer Werner FASSBINDER

Akira KUROSAWA

 
Né en 1910, Akira Kurosawa est l’un des cinéastes japonais les plus acclamés du XXe siècle, dont l’impressionnante carrière a donné naissance à un florilège de chefs-d’oeuvre puissants et indémodables. En cinquante ans, le cinéaste a touché à tous les genres : le film d’action, la fresque historique, le film noir, le drame intimiste… Grand connaisseur de la littérature occidentale, il a également transposé de nombreux auteurs à l’écran : de Shakespeare (Le Château de l’Araignée) à Maxime Gorki (Les Bas-Fonds), en passant par Ed McBain (Entre le ciel et l’enfer).
C’est à l’âge de 25 ans que Kurosawa entre à la Toho – alors appelée Photo Chemical Laboratories – où il occupe dans un premier temps le poste d’assistant-réalisateur. Il y réalise son premier film, La Légende du grand judo, huit ans plus tard. Dès lors, sa filmographie se fait en grande partie au sein de ces célèbres studios japonais, et il finira par être son réalisateur emblématique.
Kurosawa a été l’un des plus importants ambassadeurs japonais à l’étranger car son oeuvre est de fait indissociable de son pays. Ses films sont de formidables témoignages sur le Japon – aussi bien médiéval (Qui marche sur la queue du tigre…) que contemporain (Vivre dans la peur) – dans lesquels le cinéaste fait preuve d’un regard empreint d’humanisme, mais néanmoins critique, sur la société nippone. Son art du réalisme visionnaire fait de Kurosawa rien de moins qu’un double cinématographique de Dostoïevski, l’une de ses principales références littéraires. Cinéaste influencé par la culture occidentale, il finira par l’influencer à son tour ; Martin Scorsese, Clint Eastwood, George Lucas… de grands réalisateurs d’aujourd’hui vouent un culte à son oeuvre.

 

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