QUI MARCHE SUR LA QUEUE DU TIGRE…

(Tora no o wo fumu otokotachi)

Un film de Akira KUROSAWA | Drame | Japon | 1945 | 59mn | N&B

Au XIIe siècle, les guerres de clans font rage au Japon. Le prince Yoshitsune est pourchassé par son frère aîné, jaloux de sa récente victoire sur le clan Heike. Yoshitsune prend alors la fuite, aidé par six fidèles vassaux déguisés en moines pour tromper leurs poursuivants. Mais avant de quitter le territoire, il leur faut traverser le poste-frontière d’Ataka, minutieusement gardé par les hommes de son frère…

Au cinéma le 9 mars en version restaurée inédite dans le cadre de la Rétrospective Akira Kurosawa - Les Années Toho

 

UNE ADAPTATION ORIGINALE D’UN CLASSIQUE DU THÉÂTRE JAPONAIS

ANNONÇANT SES CHEFS-D’ŒUVRE HISTORIQUES À VENIR

 

Après avoir réalisé La Nouvelle Légende du grand judo, Akira Kurosawa cherche à tourner L’Épée dégainée, un film historique ambitieux au scénario déjà écrit, mais le projet est avorté. Le cinéaste nippon décide à la place d’adapter une célèbre pièce de kabuki intitulée Kanjicho, elle-même inspirée d’une pièce de nô. La Toho est prête à financer le projet, à une seule condition : le studio s’étant engagé auprès du comédien Enomoto, Kurosawa doit rajouter un personnage dans la pièce existante. Ce sera celui du porteur, qui apportera la fameuse touche comique au film. Dans un souci d’économie, le tournage se fait en grande partie en décors naturels – seule la scène du poste-frontière a lieu en studio. Car c’est à cette époque que le Japon se fait envahir par les États-Unis. Kurosawa raconte que de nombreux soldats américains se sont rendus sur le tournage de Qui marche sur la queue du tigre…, dont le célèbre réalisateur John Ford ! Dix ans avant Les Sept Samouraïs, le cinéaste offre une somptueuse variation du film de sabre, en livrant ce quasi huis-clos qui parvient avec élégance à mélanger comédie et tragédie. Cette témérité lui vaut toutefois une censure de la part des Américains et des Japonais : ses compatriotes lui reprochent l’ajout du personnage du porteur qui, selon eux, ridiculise la pièce, tandis que les Américains l’accusent de faire l’apologie du féodalisme. Ces attaques bloqueront la sortie du film au Japon durant sept ans, jusqu’en 1952.
        
        
Réalisateur
Rainer Werner FASSBINDER

Akira KUROSAWA

 
Né en 1910, Akira Kurosawa est l’un des cinéastes japonais les plus acclamés du XXe siècle, dont l’impressionnante carrière a donné naissance à un florilège de chefs-d’oeuvre puissants et indémodables. En cinquante ans, le cinéaste a touché à tous les genres : le film d’action, la fresque historique, le film noir, le drame intimiste… Grand connaisseur de la littérature occidentale, il a également transposé de nombreux auteurs à l’écran : de Shakespeare (Le Château de l’Araignée) à Maxime Gorki (Les Bas-Fonds), en passant par Ed McBain (Entre le ciel et l’enfer).
C’est à l’âge de 25 ans que Kurosawa entre à la Toho – alors appelée Photo Chemical Laboratories – où il occupe dans un premier temps le poste d’assistant-réalisateur. Il y réalise son premier film, La Légende du grand judo, huit ans plus tard. Dès lors, sa filmographie se fait en grande partie au sein de ces célèbres studios japonais, et il finira par être son réalisateur emblématique.
Kurosawa a été l’un des plus importants ambassadeurs japonais à l’étranger car son oeuvre est de fait indissociable de son pays. Ses films sont de formidables témoignages sur le Japon – aussi bien médiéval (Qui marche sur la queue du tigre…) que contemporain (Vivre dans la peur) – dans lesquels le cinéaste fait preuve d’un regard empreint d’humanisme, mais néanmoins critique, sur la société nippone. Son art du réalisme visionnaire fait de Kurosawa rien de moins qu’un double cinématographique de Dostoïevski, l’une de ses principales références littéraires. Cinéaste influencé par la culture occidentale, il finira par l’influencer à son tour ; Martin Scorsese, Clint Eastwood, George Lucas… de grands réalisateurs d’aujourd’hui vouent un culte à son oeuvre.

 

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