VIVRE DANS LA PEUR

(Ikimono no kiroku)

Un film de Akira KUROSAWA | Drame | Japon | 1955 | 103mn | N&B

Tokyo, 1955. Le chef de famille Kiichi Nakajima dirige une fabrique de charbon avec ses enfants et petits-enfants. Malgré la prospérité de son entreprise, le vieil homme souhaite la vendre car il est hanté par la peur d’une nouvelle bombe atomique lâchée sur le Japon. Pour échapper à cela, Nakajima est prêt à toutes les concessions financières afin de s’exiler au Brésil avec sa famille. Mais ses enfants ne voient pas cette lubie d’un bon œil et souhaitent placer leur père sous tutelle…

Au cinéma le 9 mars en version restaurée inédite dans le cadre de la Rétrospective Akira Kurosawa - Les Années Toho

 

UN FILM GLAÇANT ET VISIONNAIRE SUR LES DÉRIVES DE L’ARMEMENT NUCLÉAIRE AVEC UN TOSHIRO MIFUNE EN PROIE À LA FOLIE

 

Dix ans après les catastrophes de Hiroshima et Nagasaki, le cinéaste Akira Kurosawa s’attaque aux traumatismes causés par la bombe atomique. Une peur loin d’être irrationnelle puisque les Américains ont poursuivi jusqu’à la fin des années 1950 des expérimentations nucléaires dans l’atoll de Bikini, situé dans l’océan Pacifique. Dans Vivre dans la peur, Kurosawa dresse le portrait d’un vieil homme littéralement rongé par la menace d’une nouvelle catastrophe nucléaire, prêt à tout abandonner pour s’installer à l’autre bout du monde. C’est Toshiro Mifune, l’acteur fétiche de Kurosawa, qui prête ses traits au personnage de Nakajima. Bien que seulement âgé de trente-cinq ans, le comédien est impressionnant dans le rôle d’un vieux patriarche septuagénaire renié par les siens. À travers cette figure, Kurosawa dresse également le portrait d’une société japonaise en pleine mutation, encore meurtrie par la guerre. Sa peinture de Tokyo est saisissante de réalisme ; l’omniprésence des bruits de la ville confère une atmosphère réellement oppressante à cet environnement urbain. La menace est partout et pas uniquement dans la tête du père, semble nous dire le réalisateur. Celui-ci pointe également du doigt l’individualisme grandissant dans le Japon d’après-guerre, avec l’exacerbation du conflit entre générations – les enfants vont jusqu’à mettre leur père sous tutelle afin de préserver leur confort matériel. Film saisissant et visionnaire, Vivre dans la peur est un récit bouleversant d’humanisme sur la déchéance d’un homme que personne ne veut croire et qui finira rongé par la folie.

        
        
Réalisateur
Rainer Werner FASSBINDER

Akira KUROSAWA

 
Né en 1910, Akira Kurosawa est l’un des cinéastes japonais les plus acclamés du XXe siècle, dont l’impressionnante carrière a donné naissance à un florilège de chefs-d’oeuvre puissants et indémodables. En cinquante ans, le cinéaste a touché à tous les genres : le film d’action, la fresque historique, le film noir, le drame intimiste… Grand connaisseur de la littérature occidentale, il a également transposé de nombreux auteurs à l’écran : de Shakespeare (Le Château de l’Araignée) à Maxime Gorki (Les Bas-Fonds), en passant par Ed McBain (Entre le ciel et l’enfer).
C’est à l’âge de 25 ans que Kurosawa entre à la Toho – alors appelée Photo Chemical Laboratories – où il occupe dans un premier temps le poste d’assistant-réalisateur. Il y réalise son premier film, La Légende du grand judo, huit ans plus tard. Dès lors, sa filmographie se fait en grande partie au sein de ces célèbres studios japonais, et il finira par être son réalisateur emblématique.
Kurosawa a été l’un des plus importants ambassadeurs japonais à l’étranger car son oeuvre est de fait indissociable de son pays. Ses films sont de formidables témoignages sur le Japon – aussi bien médiéval (Qui marche sur la queue du tigre…) que contemporain (Vivre dans la peur) – dans lesquels le cinéaste fait preuve d’un regard empreint d’humanisme, mais néanmoins critique, sur la société nippone. Son art du réalisme visionnaire fait de Kurosawa rien de moins qu’un double cinématographique de Dostoïevski, l’une de ses principales références littéraires. Cinéaste influencé par la culture occidentale, il finira par l’influencer à son tour ; Martin Scorsese, Clint Eastwood, George Lucas… de grands réalisateurs d’aujourd’hui vouent un culte à son oeuvre.

 

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