SAVAGE EYE, THE

SAVAGE EYE, THE
 

Un film de Ben MADDOW, Sidney MEYERS & Joseph STRICK | Drame | États-Unis | 1960 | 67mn

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Judith McGuire atterrit à Los Angeles dans l’espoir que sa vie y trouve un second souffle. Elle se remet difficilement de son récent divorce et, dès son arrivée, une voix intérieure masculine l’assaille de questions. À travers elle, c’est la solitude de la femme qui parle, l’horreur qu’elle éprouve face au monde chimérique contenu par l’Amérique des années cinquante, l’aliénation exercée par la mégalopole sur les individus…

Sortie en salles le 09 juillet 2008

Sortie en DVD le 21 avril 2010


Construit comme une lettre d’amour déçue à l’Amérique, The Savage Eye est un ovni filmique, entre cinéma-vérité et poème visuel. Pionnière du cinéma indépendant américain, cette oeuvre tournée sur plusieurs années avec des moyens dérisoires, et dans des conditions de liberté absolue, capte le versant sombre des années cinquante. Contre l’insouciante surface lisse, une voix marginale émerge du miasme urbain invoquant Dante comme Hogarth, magnifiée par des images d’une grande beauté plastique, surprenantes et novatrices.


« UN TRÉSOR CACHÉ, UNE PETITE PÉPITE EXTRAITE D’UN TIROIR OUBLIÉ DES SIXTIES. »

LES INROCKUPTIBLES

Œuvre hybride qu’on pourrait qualifier de « documentaire expérimental », The Savage Eye est un stupéfiant objet cinématographique. À mi-chemin entre le cinéma vérité et l’étude formelle, le film pratique une incision dans la société américaine des fifties à travers l’exploration psychique d’une femme dévastée par son divorce. On fait un voyage sensoriel dans Los Angeles, avec ses bars à strip-tease, ses célébrations du Nouvel An, ses matchs de catch, ses congrégations religieuses, ses crimes obscurs, ses voitures étincelantes et ses mouroirs glaciaux. Ces images authentiques, prises sur le vif, sont assemblées en un montage virtuose, rythmées par la partition de Leonard Rosenman (La Fureur de vivre, Barry Lyndon…), et insérées dans un dialogue poétique entre l’héroïne et sa voix intérieure qui décrit une amère désillusion. Cette critique virulente, tantôt cynique, tantôt lyrique, rejette la fausseté du monde moderne, son désir d’apparences et la vacuité qui en découle. En explorant les thèmes de l’incommunicabilité et de la déshumanisation, The Savage Eye aboutit, en 1960, aux conclusions ébauchées la même année par Antonioni dans L’Avventura.

Le mélange des genres

Le film fut réalisé dans des conditions marginales, avec un budget modeste d’environ $65,000 et un tournage éparpillé sur quatre années, réparti en plusieurs équipes (ce passage du temps est visible dans le film lors des scènes où Judith conduit des voitures, qui ne sont jamais les mêmes modèles). Les équipes intercalaient le tournage pendant leur temps libre, notamment le week-end, ce qui confère à l’œuvre finale une curieuse impression de collage. Inspiré des techniques employées par les formalistes russes, le montage s’imprègne également de la rythmique et du beat encensés par Jack Kerouac dans ses textes, de la musicalité urbaine des États-Unis, du mouvement furieux des bas-fonds de la ville américaine. La caméra agit tel un scalpel déchainé, non plus simplement « ciné-œil » mais devenue « œil sauvage ».

La symphonie d’une grande ville, composée à plusieurs mains

The Savage Eye est l’œuvre commune de trois réalisateurs, plus habitués à remplir d’autres fonctions au sein de Hollywood. Ben Maddow, le plus connu d’entre eux, fut un scénariste important entre 1950 et 1970. C’est à lui qu’on doit, notamment, les scénarios d’Asphalt Jungle, de Johnny Guitare et de L’Intrus (d’après William Faulkner). Comme ses deux collègues Sidney Meyers, à l’origine monteur, et Joseph Strick, réalisateur de films aussi ambitieux qu’Ulysse ou Tropique du Cancer, Maddow était un homme de gauche. Il dut travailler sous plusieurs pseudonymes pendant la chasse aux sorcières lancée par McCarthy. Ces trois figures clés du cinéma indépendant américain, qui émerge dans les années cinquante, portent la voix d’une nouvelle génération d’artistes.

« 67 minutes d’immense cinéma. » Los Angeles Times

« Une puissante démonstration de pyrotechnie cinématographique. » The New York Times

Traversé d’images d’une grande beauté plastique, surprenantes et novatrices pour l’époque, The Savage Eye est également la rencontre entre plusieurs chefs-opérateurs et photographes dont Helen Levitt, Jack Couffer, Haskell Wexler, Sy Wexler et Joel Coleman. Si Levitt est connue dans le monde de l’art contemporain pour ses photos de rues prises à New York, les autres sont des chefs-opérateurs de renom. Le plus connu d’entre eux, Haskell Wexler, remporta plusieurs Oscars® dont un pour son travail sur Qui a peur de Virginia Woolf ?. Le talent conjugué de ces artistes confère au film une formidable qualité plastique qui rappelle à la fois les échos solitaires de l’Amérique d’Edward Hopper, la crasse urbaine des premiers Cassavetes (qui réalisa Shadows à la même époque sur un mode improvisé très similaire) et la flamboyance visuelle du Soy Cuba de Mikhail Kalatozov. Pour être la fusion de plusieurs expériences formelles, The Savage Eye forme une œuvre d’art impérissable.

Réalisation : Ben MADDOW, Sidney MEYERS & Joseph STRICK

Scénario : Ben MADDOW, Sidney MEYERS & Joseph STRICK

Avec : Barbara BAXLEY, Gary MERRILL, Herschel BERNADI, Jean HIDEY & Elizabeth ZEMACH

Musique : Leonard ROSENMAN

Montage : Ben MADDOW, Sidney MEYERS & Joseph STRICK

Directeur de la photographie : Jack COUFFER, Helen LEVITT & Haskell WEXLER

Production : City Film Corporation

Producteurs : Ben MADDOW, Sidney MEYERS & Joseph STRICK

 

 

 

 

DVD - THE SAVAGE EYE

DVD 9 – NOUVEAU MASTER RESTAURÉ
Version Originale
Sous-Titres Français
Format 1.33 respecté
4/3 – Noir & Blanc

SUPPLÉMENTS :
. Entretien avec Joseph STRICK (16 mn)
L’un des trois réalisateurs de The Savage Eye explique pourquoi et comment le projet du
film s’est construit, sous l’influence de Hogarth et Dante, et revient sur la vision du monde
moderne que le trio désirait exprimer.
. VÉTÉRANS DU MASSACRE DE MY LAI (1970 – Couleurs – 22 mn), un film de Joseph Strick – Oscar® 1971 du meilleur documentaire
Joseph Strick a interviewé cinq soldats impliqués dans le massacre de My Lai, survenu
pendant la Guerre du Vietnam. Leur témoignage poignant et la violence de leur récit
déclenchèrent une indignation internationale qui favorisa la montée du pacifisme aux USA.
. Introduction de Joseph STRICK (5 mn)


19,99 €

 

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