Un film de James WHALE | SF-Fantastique | États-Unis | 1933 | 68mn
Jack Griffin, un scientifique, a trouvé le moyen de devenir invisible. Soucieux de trouver la formule qui lui permettra un retour à la normale avant d’annoncer sa découverte, il s’enroule le visage de bandeaux et se retire dans l’auberge d’un village isolé. Son aspect étrange ainsi que son comportement attirent la curiosité des gens et l’empêchent de travailler. Agacé, Griffin cherche à effrayer les villageois et se sert de son pouvoir à des fins de plus en plus malintentionnées…
Sortie en salles le 20 août 2008
Avec Frankenstein et La Momie, L’Homme Invisible est l’un des films de monstres les plus importants produits à Hollywood dans les années 30 et porte en lui l’empreinte inimitable des studios Universal.
Auréolé du succès de Frankenstein, James Whale est, en 1933, le réalisateur en vogue du studio Universal. Les dirigeants de la firme souhaitent qu’il conçoive la suite de son chef-d’œuvre fantastique mais le cinéaste au caractère bien trempé refuse catégoriquement : « Ils sont toujours comme ça. S’ils décrochent le jackpot avec un film ils veulent forcément recommencer. Ils ont une raison commerciale légitime : Frankenstein a été une mine d’or au box-office et la suite est certaine de rapporter gros même en étant minable. Ils ont fait faire un scénario archinul. De toute façon, j’ai complètement épuisé le sujet dans le premier film et je ne veux plus jamais retravailler dessus. »
Bien qu’il change d’avis deux ans plus tard en tournant La Fiancée de Frankenstein, Whale préfère dans l’immédiat se consacrer à un projet qui lui tient à cœur : l’adaptation du roman de H.G. Wells, L’Homme invisible. Ne souhaitant pas commencer sans avoir lu un scénario totalement convaincant, il demande à Robert Cedric Sherriff d’adapter le texte aussi fidèlement que possible. Whale, qui peut bénéficier d’une grande liberté au sein du studio, arrive à imposer ses exigences : il situe l’histoire dans un village anglais et constitue une équipe d’acteurs britanniques, ce qui donne au film une touche locale singulière.
L’Homme invisible a conservé intact le charme fantastique qui fit son succès à sa sortie. Ce récit d’un homme en quête de pouvoir absolu, exclu de la société à cause du caractère monstrueux que lui confère son invisibilité, a marqué des générations entières de spectateurs et inspiré de nombreuses suites ou films dérivés. Il demeure aujourd’hui l’un des chefs-d’œuvre du cinéma fantastique.
Des effets spéciaux époustouflants
Persuadé que les spectateurs iront plutôt voir le film pour le caractère visuel extraordinaire qu’implique une histoire d’invisibilité que pour le degré de célébrité des acteurs choisis par le studio, Whale place au cœur de son projet, dès le départ, la recherche de nouvelles techniques d’effets spéciaux. Son intention est claire : donner à voir au monde des images inédites, stupéfiantes et magiques.
C’est John P. Fulton, alors à la tête du département des effets spéciaux chez Universal, qui conçoit les trucages géniaux du film. Pour mettre au point ces techniques, Whale et Fulton conduisent ensemble le tournage, mais de deux manières complémentaires : alors que le premier dirige les acteurs et ordonne les mouvements de caméra, le second s’occupe d’agencer la scène de façon à y rendre possible l’insertion d’effets d’invisibilité. Il faut quatre mois pour achever le film, dont deux consacrés aux seuls effets spéciaux. Les secrets de ces derniers sont soigneusement préservés de la curiosité des studios concurrents, à tel point qu’une bonne partie de l’équipe ne comprend pas ce qui a lieu au tournage.
« Les scènes où le héros est partiellement vêtu et où les parties nues de son corps demeurent invisibles nous ont posé de gros problèmes. L’utilisation de fils invisibles était impossible car les vêtements auraient semblé vides et leurs mouvements n’auraient pas paru naturels. Nous avons donc choisi de superposer plusieurs prises. La plupart de ces scènes comportaient des personnages normaux, nous avons donc effectué des prises de vue ordinaires sans que l’homme invisible ne soit présent dans ces plans. Il fallait, bien sûr, minuter soigneusement l’action comme c’est le cas à chaque fois qu’on élabore une surimpression de prises. Le négatif fut ensuite développé de manière ordinaire. C’est alors qu’intervenaient les prises de vues spéciales. On tournait dans un décor entièrement noir – tapissé aux murs et au sol de velours noir afin de ne réfléchir aucune lumière. L’acteur était habillé de la tête au pied avec des collants de velours noirs, des gants noirs, et une cagoule noire. Par-dessus tout ça, il portait le costume du personnage. On avait donc l’impression de voir des vêtements se mouvant au sein d’un espace vide. Nous avons tiré une copie supplémentaire de ce négatif qui fut obscurcie pour créer des caches. Il fallait ensuite créer une image composite à partir de ces éléments : d’abord, le décor et l’action qui s’y déroulait sans l’homme invisible, sur lequel nous superposions les caches où devait se trouver le héros. Puis, nous ajoutions, par-dessus ces caches, l’image en positif du personnage. On obtenait ainsi un assemblage qui pouvait servir de copie finale pour le film. »
Claude Rains, la star invisible
Au départ, Universal - fort du succès de Frankenstein - souhaite voir Boris Karloff endosser le costume de l’homme invisible, mais James Whale martèle que le seul acteur capable de tenir ce rôle est Claude Rains, un Anglais venu du théâtre, inconnu aux États-Unis et qui n’a jamais joué au cinéma. Carl Laemmle Jr., l’illustre producteur du film, refuse de donner le premier rôle à quelqu’un qui n’est pas une star. Heureusement pour Whale, Universal ne parvient pas à rentrer dans ses frais et n’est pas en mesure de payer Karloff autant qu’il le demande. Ce dernier quitte le film et se trouve remplacé par Claude Rains. Comme il l’avait fait avec Karloff pour Frankenstein, James Whale a eu le flair d’engager un acteur capable de donner toute sa mesure à son personnage.
À sa sortie, L’Homme invisible propulse Rains au sommet, chose d’autant plus exceptionnelle que le comédien n’apparaît véritablement qu’un tout petit moment dans le film. À défaut de pouvoir « incarner » ce personnage invisible, Rains pose une voix inimitable, à l’accent anglais si singulier, qui fait pour beaucoup le charme du film. Grâce à ce rôle, il se construit un nom à Hollywood, puis bientôt un visage, et joue dans de nombreux chefs-d’œuvre tels que Mr. Smith au Sénat, Notorious, ou encore Casablanca.
James Whale, le maître du cinéma fantastique hollywoodien
Avec Tod Browning, James Whale est considéré comme le principal artisan du succès des « films de monstres » que le studio Universal produisit dans les années trente. D’origine anglaise, Whale est d’abord producteur de théâtre avant d’être remarqué et sollicité par Hollywood. Sa carrière de réalisateur, très courte, comporte au moins trois chefs-d’œuvre : Frankenstein, La Fiancée de Frankenstein et L’Homme invisible. On doit à Whale d’avoir forgé des figures mythiques du cinéma fantastique, une source d’inspiration qui demeure, aujourd’hui encore, intarissable. Le cinéaste meurt dans la plus grande solitude à Hollywood en 1957, à l’âge de 61, dans des circonstances mal élucidées (on a privilégié la thèse du suicide) à la suite d’une chute dans sa piscine.
Réalisation : James WHALE
Scénario : R.C. SHERRIFF d'après le roman de H.G. WELLS
Avec : Claude RAINS, Gloria STUART, William HARRIGAN & Henry TRAVERS
Musique : Heinz ROEMHELD
Directeur de la photographie : Arthur EDESON
Montage : Ted J. KENT
Effets Spéciaux : John O. FULTON
Producteur : Carl LAEMMLE Jr.
Production : Universal Pictures





