Sortie en salles le 12 juillet 2007
En 1961, West Side Story apparaît comme un ovni dans le paysage cinématographique américain. Le génie du cinéaste Robert Wise fut d’avoir transposé l’histoire d’amour mythique de Roméo et Juliette dans le monde des bandes rivales de New York à la fin des années 50, les Jets et les Sharks. C’était un phénomène de société mondial puisqu’en France les blousons noirs et les blousons dorés réglaient leurs comptes dans les quartiers et sur les places, un peu comme actuellement les bandes de banlieues se retrouvent à la Gare du Nord pour en découdre. Le résultat est étonnant et malgré son ancrage dans l’époque, le film n’a pas vieilli. Natalie Wood et Richard Beymer, qui n’étaient ni des danseurs ni des chanteurs (ils sont doublés pour les chansons), sont bouleversants et s’intègrent parfaitement aux danseurs professionnels. 46 ans après, le film garde tout son punch et toute son émotion. Un bonheur.
GÉNÈSE DU FILM
Jérôme ROBBINS, co-réalisateur et auteur des séquences dansées sur la musique enivrante de Leonard BERNSTEIN, avait travaillé avec le compositeur en 1949 pour l’adaptation scénique de UN JOUR À NEW YORK (Stanley DONEN, 1949). L’idée de départ est d’adapter la rivalité des Montaigu et Capulet dans Greenwich Village. Le projet s’intitule alors East Side Story. Quelques années plus tard, les auteurs s’intéresseront à la communauté portoricaine qui s’installe de plus en plus à Manhattan. La pièce est créée et connaît un succès immense sur les planches de Broadway. C’est alors que Hollywood intervient… Le succès du film ne s’est jamais démenti depuis sa sortie. Constamment redécouvert par de nouvelles générations de cinéphiles, il séduit par la force de son histoire éternelle et la beauté de sa musique et de ses chorégraphies.
UN FILM DANSÉ ET CHANTÉ
WEST SIDE STORY est la première comédie musicale transposée de la scène à l’écran dans sonintégralité, avec de très légères modifications. Les décors, très stylisés sur scène, sont modifiésde façon à les rendre plus réalistes. Seule la première séquence a été tournée en extérieurs, toutle reste du film l’ayant été en studio – 50 décors furent crées à ce effet, en général en hauteurafin de faciliter le déplacement de la caméra 70 mm. La ville devient un élément essentiel del’action, depuis les balançoires servant aux chorégraphies jusqu’au morceau ‘Cool’ dans unemise en scène éclairé par les phares des voitures dans le parking. Jérôme ROBBINS réussit uneperformance d’un entrain et d’une virtuosité époustouflants. Les paroles des chansons sontsignées de Stephen SONDHEIM.
Une autre raison du succès de ce film réside dans sa tragédie assumée et sa critique de la société américaine. C’est probablement la première comédie musicale à aborder de front des sujets tels que la violence urbaine et le racisme, quittant l’univers mièvre pour entrer de plein pied dans la réalité sociale : le policier est ouvertement raciste proposant aux Jets de les couvrir, il y a une tentative de viol sur Anita illustrée par la reprise du thème ‘America’.
La ville de New York est un des personnages de cette histoire d’amour et de violence. Lefilm s'ouvre sur une étonnante vue aérienne de Manhattan qui fait découvrir à la verticaleles gratte-ciels du "Hell's Kitchen", un quartier du West Side. Cette vision de la villerenforce d'autant le sentiment d'étouffement des personnages. À noter aussi la visionréaliste des aires de jeux et autres terrains vagues, témoins privilégiés du mal-être d'unegénération en quête d’identité. Le générique composé de graffitis sur des murs de briquesest signé Saul Bass.
«Cela ne me dérangerait pas que les gens ne sesouviennent de moi que pour mon rôle dans WestSide Story. Ce fut un privilège d’être là et decontribuer à quelque chose de si merveilleux ! » George CHAKIRIS
Robert WISE « introduit le doute à l’intérieur même de sa conception ducinéma de genre. Après le film de boxe, le film fantastique, il alla avec WESTSIDE STORY aussi loin que possible dans l’inclusion d’éléments étrangers aumusical, stylistiques, idéologiques et iconographiques, tout en réussissantremarquablement le processus de fusion d’éléments dramatiques disparates(drame, parole, musiques, danse, pictorialisme). » Christian VIVIANI
LEONARD BERNSTEIN
Que serait WEST SIDE STORY sans sa bande originale, l’un des sommets de l’œuvre de Leonard Bernstein ? Quelle autre comédie musicale peut se vanter de réunir autant de chansons inoubliables ? La parfaite maîtrise de l’orchestration classique de Bernstein et son goût pour la musique populaire, associés à l’influence du jazz et de la musique latino-américaine, donnent un ensemble absolument unique. Il est impossible d’oublier la beauté simple de ‘Maria’, la folie douce de ‘Gee, Officer Krupke’, la tension physique de ‘Cool’, autant de pièces fabuleuses qui culminent dans un ‘Somewhere’ a cappella.