Sortie en salles le 4 juillet 2001
En 1984, les frères Coen débarquent dans le cinéma américain avec un premier long métrage qui devient vite culte, Blood Simple. Ils y détournent les codes du film noir, au travers d'un exercice de style brillantissime, mais pleinement habité de personnages étranges. Une bonne dizaine d'années plus tard, Fargo s'inscrit dans la veine de ce coup d'essai... avec une maitrise encore plus parfaite. Il faut dire que d'Arizona Junior à Barton Fink et à Miller's Crossing, les auteurs ont travaillé le genre à travers toutes ses variantes.
Leur unique impératif ? Prendre l'exact contre-pied de tous les codes traditionnels ! Comme de rompre avec le cadre urbain de la plupart des films noirs, en inscrivant la totalité du récit dans les paysages enneigés. L'histoire démarre comme celle de Détour. En effet, la série noire d'Edgar G. Ulmer est célèbre pour présenter un antihéros à l'opposé des détectives privés triomphants, entraîné dans toute une série d'échecs irrémédiables. Sauf que cette fois, l'homme est lui-même la cause de tous ses malheurs, puisque c'est un magouilleur de première, et que c'est lui qui a commandité l'enlèvement de sa femme. Mais vite, les frères Coen continuent de déjouer les conventions, en imposant une femme comme personnage principal. L'acteur William H. Macy se laisse doubler par l'actrice Frances Mc Dormand. Cette dernière s'accapare le rôle du shérif de service, en le transformant complètement. Enceinte, elle se déplace avec lourdeur, rien à voir avec l'Inspecteur Harry, qui passe derrière les affiches sans les décoller. Avec son pragmatisme de femme de la campagne, elle se pose aussi en perpétuel décalage par rapport aux meurtres effroyables sur lesquels elle enquête. Droite, cooncrète, directe, cette héroïne ne ressemble guère aux personnages secondaires complètement déjantée, qui vient nous rappeler qu'on reste bel et bien dans l'univers de Big Lebowski. Maniant une ironie sans limites, les deux frères nous présentent des petits truands plus benêts que jamais, des habitants de la province aux accents incroyablement gratinés, et de vieux amoureux franchement plus encombrants!
Cette désillusion féroce dans la peinture de la société, les frères Coen l'ont encore accentuée dans leur dernier film, le très misanthrope The Man Who Wasn't There. Le scénario est proche, avec un héros aussi terne et encore plus passif que celui de Fargo, qui se lance dans un chantage, et voit les évènements s'enchaîner autour de lui. Clin d'oeil, Fargo en 1996 et The Man Who Wasn't There en 2001, ont tous deux obtenu le prix de la mise en scène au festival de Cannes. Une récompense doublement méritée!