Sortie en salles le 21 octobre 2009
Second volet d’une trilogie qui s’ouvre par Il était une fois dans l’Ouest et s’achève avec Il était une fois en Amérique, Il était une fois la révolution est un brillant condensé de tout ce qui fait l’explosive vigueur du cinéma de Sergio Leone. Porté par les interprétations étincelantes de James Coburn et Rod Steiger, ce chef-d’œuvre composite et virtuose est un traité désabusé sur l’action révolutionnaire.
S’inscrivant dans le Mexique de 1913, Il était une fois la révolution déclare la mort du western Zapata et définit la naissance de l’Amérique moderne comme un acte de violence. Dans la lignée de Pat Garrett et Billy le Kid de Sam Peckinpah, Leone entreprend de détruire les figures du western en en démontrant l'anachronisme, exprimant ainsi la transition brutale entre la sauvagerie primaire de l’Ouest et les rouages sanglants de la civilisation contemporaine. Longtemps incomplète et amputée de scènes clé, cette pièce maîtresse de l'œuvre de Sergio Leone est présentée en version anglaise restaurée inédite.
RÉCIT D’UNE GRANDE ÉPOPÉE TOURMENTÉE
Après avoir réalisé Il était une fois dans l’Ouest, monument cinématographique considéré comme l’apogée du western spaghetti, Sergio Leone déclare : « J’en ai assez des westerns, je suis allergique aux chevaux. ». Producteur d’Il était une fois la révolution, qui doit originellement être réalisé par Peter Bogdanovich, Leone est contraint de tourner le film lui-même après que les acteurs, et notamment l’intraitable Rod Steiger, l’aient exigé.
Sous la direction de Leone, Giù la testa (titre original, littéralement « Baisse la tête », pouvant aussi être compris comme « Planque-toi » ou « Courbe l’échine ») s’éloigne du western américain désenchanté à la Peckinpah ― qui a lui aussi failli réaliser le film ― et prend une dimension politique plus marquée et plus personnelle. Inspiré des Désastres de la guerre de Goya et sublimé par la musique d’Ennio Morricone, Il était une fois la révolution devient un grand film lyrique sur le chaos des révolutions et le sentiment d’échec qui en découle irrémédiablement.
Leone fait une critique amère de l’idéal intellectuel de la révolution, incarné par l’ancien membre de l’IRA venu exporter son combat en Amérique centrale. Le cinéaste se place comme alter-ego du personnage de Juan Miranda, peon crapuleux et illettré qui porte un regard plus lucide sur la guerre, transporté par la rage et l’émotion de Rod Steiger qui trouve ici le rôle de sa vie. Quel que soit son contexte, semble dire Leone, la révolution sera toujours récupérée par les puissants.
Un tel message déplaît aux communistes italiens qui refusent que le film sorte sous le titre Il était une fois la révolution, celui auquel Leone tenait. Aux États-Unis, on se méfie du caractère révolutionnaire de l’œuvre et de nombreux passages sont coupés ou atténués, dont la citation de Mao qui ouvre le film et certaines séquences de flashback en Irlande. Le caractère hétéroclite, amputé et emphatique du film fait dire à François Truffaut qu’il s’agit d’un « grand film malade ».