Okuyama a été défiguré dans un accident de travail. Contraint de se bander entièrement le visage, il perd goût à la vie et sa femme refuse ses avances. Son psychiatre lui propose alors de participer à une expérience : un masque complexe, véritable prothèse faciale, est créé pour Okuyama et lui redonne un visage. Désormais anonyme, il emménage dans une auberge modeste et cultive peu à peu une nouvelle vie sociale, testant les limites de son identité retrouvée…
Deux ans après La Femme des sables, Hiroshi Teshigahara poursuit sa collaboration avec le romancier et dramaturge Kôbô Abe et le compositeur Tôru Takemitsu. Allégorie sur la nature illusoire de l’identité et l’agonie de l’absence,Le Visage d’un autreévoque autant Les Yeux sans visage de Georges Franju queL’Homme invisible de James Whale et étonne dans ses similitudes thématiques avec L’Opération diabolique de John Frankenheimer réalisé la même année.
TESHIGAHARA a eu un parcours tout à fait original. Après avoir étudié la peinture et écrit des critiques de films, il tourne des courts métrages documentaires. Puis il créée sa propre structure de production pour être indépendant des studios japonais et réalise son premier film en 1962, LE TRAQUENARD (OTOSHIANA), déjà sur un scénario de l’écrivain Kobo ABE. Il travaille à nouveau avec cet auteur pour LA FEMME DES SABLES (SUNA NO ONNA, 1964). TESHIGAHARA mène aussi un travail en complète osmose avec le directeur de la photographie, Hiroshi SEGAWA. Le film est un exemple de symbiose entre images et sons. Toru TAKEMITSU, compositeur de référence, crée pour cette histoire une musique intense aux tons irritants et hypnotiques. D’une grande force surréaliste, la musique rend la situation de manipulation de la femme aussi ambiguë, car elle est elle-même prisonnière des hommes du village qui l’ont condamnée à rester dans cette maison. Il existe différentes versions du film. La version « japonaise » sortie au Japon en 1964, est plus longue que la version présentée au Festival de Cannes en 1964.