Michael Derek Elworthy Jarman nait le 31 janvier 1942 à Northwood en Angleterre. Il étudie la peinture dès les années soixante à la Slade School of Fine Arts, ce qui lui permet, à la sortie de l’école, de décrocher ses premiers contrats en tant que décorateur pour plusieurs opéras du Royal Ballet.
En 1970, il fait son entrée dans le monde du cinéma grâce à The Devils (Les Diables) de Ken Russell, pour lequel il est engagé pour faire les décors, ainsi que pour collaborer à la production. Se découvrant une passion pour le septième art, il prend part à la recherche de financement pour le film Savage MessiaMessie sauvage) de Ken Russell (1972), tout en s’essayant à la réalisation en tournant des courts métrages et des clips vidéos en caméra Super 8. En 1975, il coréalise avec Paul Humsfress le scandaleux Sebastiane, sur la vie du martyre Saint Sébastien, dans lequel il mêle religion et sexualité. Avec ce premier film, Jarman se forge déjà une réputation de cinéaste marginal -d’autant qu’il se déclare publiquement homosexuel- mais voit son œuvre devenir une œuvre culte pour la communauté homosexuelle, notamment grâce à sa manière d’exalter le corps masculin. En 1977, il signe, cette fois seul, un hommage à la culture punk de Londres, Jubilee (Jubilé), constitué d’épisodes successifs souvent violents et affichant une vision clairement antimonarchique.
Deux ans plus tard, Jarman porte à l’écran la pièce The Tempest de Shakespeare, tout en continuant en parallèle la réalisation de courts métrages. Durant les années quatre vingt, le cinéaste confirme à travers ses films un travail soutenant le mouvement homosexuel, alors en pleine affirmation. Il tourne ainsi The Angelic Conversation, film singulier qui reprend des sonnets de Shakespeare lus par Judi Dench, durant lesquels défilent des images photographiques d’un couple gay au ralenti. En 1986, il présente son film le plus populaire, Caravaggio, qui est à la fois une biographie anti-conventionnelle et une réflexion sur le célèbre artiste italien. Grâce à la conception visuelle du film qui s’apparente aux œuvres du peintre, Jarman reçoit un Ours d’argent lors de la Berlinale ainsi que le Prix spécial du jury au Festival International du film d’Istanbul. Fort de son succès, Jarman enchaine en dressant un sombre portrait de l’Angleterre intitulé The Last of England (1987), puis War Requiem (1988), sérieux réquisitoire contre la guerre. A cette même période, le cinéaste découvre sa séropositivité, et s’engage de manière plus active en faveur de la communauté gaie en parlant publiquement du sida.
Tout au long des années quatre vingt dix, Jarman prolonge son travail de soutien à la cause homosexuelle et de peinture provocante et impitoyable de la société britannique. On peut citer The Garden (1990) dans lequel il revisite la Passion du Christ à travers un couple d’homosexuels, ainsi qu'Edward II (1991), réécriture ravageuse de la pièce éponyme de Christopher Marlowe pour laquelle il fut récompensé du Teddy Award, le prix FIPRESCI à la Berlinale, et le Hitchcock d’or au Festival du Film britannique de Dinard. Très atteint par la maladie, il poursuit malgré tout son travail de relecture de l’Histoire avec Wittgenstein (1992), qui retrace la vie et la pensée du philosophe allemand à travers une succession de saynètes. Quelques mois avant son décès en 1994, il réalise Blue (1993), qui est à la fois un film testament et son autoportrait face au sida et à la mort, et enfin Glitterbug, un documentaire composé d’images inédites de sa vie et de ses tournages.
Proche du cinéma expérimental, Derek Jarman est un des cinéastes les plus extrêmes du cinéma britannique, et surtout un des seuls à être resté en dehors des circuits commerciaux. Véritable novateur, Jarman est une figure essentielle de l’histoire du cinéma anglais, notamment grâce son action en faveur de la communauté gay. Il a su utiliser l’Histoire comme métaphore de la société de l’époque, et faire passer des messages pacifistes à travers l’art et la culture en montrant les homosexuels de manière positive. N’ayant jamais abandonné la peinture, Jarman est également réputé pour son esthétique singulièrement poétique, et son attention aux décors qui participent véritablement à l’atmosphère du film.
FILMOGRAPHIE SELECTIVE