Sortie en salles le 11 avril 2007
Sortie en DVD et Coffret DVD le 05 décembre 2007
À partir d’un postulat singulier et étrange, Hiroshi Teshigahara construit une exploration de la condition humaine à la fois remarquablement sensuelle, atmosphérique et étouffante. Adapté de son propre roman par Kôbô Abe, accompagné d’une musique dissonante et minimaliste du grand compositeur avant-gardiste Toru Takemitsu, et présenté pour la première fois dans sa version intégrale et inédite en France, La Femme des sables a remporté le Prix spécial du Jury à Cannes et a été nommé deux fois aux Oscar®.
« Un joyau de la Nouvelle Vague japonaise. »
Les Inrockuptibles
« J'aime par-dessus tout chez Teshigahara la beauté de ses plans, la cadence de ses strophes, la musique de ses rimes [...], l'esthétique dépouillée de cette vie à fleur de sable et à fleur de peau, la puissance incantatrice de cette litanie du sable. »
Gilles Jacob
Entre allégorie de la société et symbole de la condition humaine, le film s’impose comme une référence marquante du cinéma japonais, née d'une rencontre réussie entre le cinéaste et le Prix Nobel de littérature, Kobo Abe. Ce huis clos angoissant est servi par une mise en scène oppressante de l’absurde, où le sable est omniprésent et la sexualité prégnante.
Symbolique du sable et du désert
Le film raconte l’itinéraire mental de l’homme, personnage qui ne porte pas de nom, qui est fait prisonnier. Cet instituteur, parti seul dans le désert pour fuir les autres hommes, est ivre de liberté. Il se retrouve alors dans une situation extrême. Il va devoir s’adapter à un décor sombre et mystérieux, où le sable joue un rôle primordial. Le sable est d’abord source de richesse pour l’instituteur qui est à la recherche d’une espèce d’insecte encore inconnue. C’est sa motivation. Puis il devient l’ennemi que l’homme doit combattre sinon il sera enseveli dans cette maison. C’est aussi l’élément qui justifie le besoin qu’a la femme de la compagnie d’un homme.
TESHIGAHARA développe des images allégoriques en montrant le sable comme un fluide ou au contraire comme une menace de sécheresse qui rend le quotidien impossible. Les repères et les sens des personnages se trouvent aussi bouleversés par cet environnement : les bruits sont différents, des échos sont perceptibles, les mots ne suffisent plus à se comprendre… L’homme et la femme vont devoir apprendre à vivre ensemble malgré tout.
Cette situation exceptionnelle place le voyage de l’instituteur aux frontières du rêve et de la réalité. Il est interprété de façon remarquable par Eiji OKADA (l’homme) et Kyoko KISHIDA (la femme), récemment décédée. Eiji OKADA fait évoluer son personnage de la révolte et la lutte vers une tranquille résignation. Kyoko KISHIDA joue cette femme obsédée et presque hantée par le sable qui coule sur sa maison, qui traverse des moments de joie et d’angoisse extrêmes.
Inventivité visuelle
LA FEMME DES SABLES est un film expérimental extrêmement original pour l’époque au Japon des années 1960. Le film développe une série d’invention visuelle : superposition d’images rêvées, cadre dans le cadre, lignes sinueuses sans fin, gros plans surprenants. Dès le début du film, le générique annonce la complexité de l’homme. Les images du générique sont composées de graphismes, de tampons, de traces. On apprendra plus tard, par la voix off de l’instituteur, qu’il songe à se retirer du monde, pour ne plus avoir à affronter la paperasserie des administrations. Son voyage est comme un moment de retrait, de répit.
Fils et héritier du fondateur d’une grande école d’ikebana (arrangement floral japonais), TESHIGAHARA appartient à la nouvelle vague japonaise qui fait des films avec des budgets modestes et beaucoup d’inventivité. Il filme des textures très variées en jouant avec le sable, l’eau de la mer, la chair humaine. Les contrastes sont frappants, les gros plans alternant avec des plans d’une profondeur de champ incroyable. Il réussit particulièrement les scènes de nuit et d’intérieurs en opposition avec les scènes de jour où le soleil aveugle la vue dans ces lieux désolés. Plusieurs plans font référence délibérément au surréalisme.
« Dans ce film que j’ai produit et réalisé, j’ai tenté de faire se rencontrer la réalité et ce que l’on ne comprend que par les yeux. Cette histoire pourrait exister – existe – bien ailleurs. A travers elle, simplifiée à l’extrême, ce qui m’a intéressé, c’est le sable de la vie, c’est un homme, c’est une femme. »
Hiroshi Teshigahara
Tension des corps
La situation d’emprisonnement, de l’homme par la femme d’une part, et de la femme par les villageois, d’autre part, marque les corps. Au début, chacun découvre le corps de l’autre en l’observant. La première nuit, l’homme est réveillé par la femme en train de ramasser le sable. Puis il rêve et on voit ses visions d’une femme sans visage qui défile à l’écran en superposition avec des images de désert. Quand il ouvre le yeux, il a devant lui le corps de la femme nue, en train de dormir, un foulard noué sur les yeux. Leurs peaux retiennent le sable humide. Ils se rapprochent peu à peu pour s’entraider. Après avoir ligoté la femme, l’homme la libère en la voyant trop souffrir. L’homme essuie le sable collé au corps de la femme qui se sent attirée par lui. Cet espace commun d’intimité est la seule façon qu’ils trouvent pour s’exprimer et aller au-delà de leur désespoir.
« Ce film, LA FEMME DES SABLES, m'a fasciné. C'est en voyant ce film que j'ai compris qu'un réalisateur pouvait faire passer des émotions, sans dialogue, juste à travers le jeu. Ce film a beaucoup influencé L’HOMME SANS FRONTIERE. »
Peter FONDA
TESHIGAHARA a eu un parcours tout à fait original. Après avoir étudié la peinture et écrit des critiques de films, il tourne des courts métrages documentaires. Puis il créée sa propre structure de production pour être indépendant des studios japonais et réalise son premier film en 1962, LE TRAQUENARD (OTOSHIANA), déjà sur un scénario de l’écrivain Kobo ABE. Il travaille à nouveau avec cet auteur pour LA FEMME DES SABLES (SUNA NO ONNA, 1964). TESHIGAHARA mène aussi un travail en complète osmose avec le directeur de la photographie, Hiroshi SEGAWA.
Le film est un exemple de symbiose entre images et sons. Toru TAKEMITSU, compositeur de référence, crée pour cette histoire une musique intense aux tons irritants et hypnotiques. D’une grande force surréaliste, la musique rend la situation de manipulation de la femme aussi ambiguë, car elle est elle-même prisonnière des hommes du village qui l’ont condamnée à rester dans cette maison.
Il existe différentes versions du film. La version « japonaise » sortie au Japon en 1964, est plus longue que la version présentée au Festival de Cannes en 1964. C’est cette version augmentée de vingt minutes inédite en France qui sort au cinéma.
« Pratiquement invisible depuis des années, le film est une splendeur. D’une anecdote aux frontières de l’absurde et de la dérision, il tire un univers d’une infinie richesse, magnifié par la somptueuse photo en noir et blanc, et n’a pas pris une ride depuis qu’il recevait le prix spécial du jury au Festival de Cannes. »
Le Monde