LA RONDE

Un film de Max OPHULS | Comédie dramatique | France | 1950 | 92mn | Noir & Blanc

Un narrateur, le « meneur de jeu », présente une série d'histoires tournant autour de rencontres amoureuses ou « galantes ». La « ronde » passe de la prostituée au soldat, du soldat à la femme de chambre, de la femme de chambre au fils de famille, et ainsi de suite jusqu’à ce que le cercle soit bouclé…

Au cinéma le 6 décembre 2017 en version restaurée
 
UNE VALSE ENIVRANTE RÉALISÉE PAR MAX OPHULS
AVEC LES PLUS GRANDES FIGURES DU CINÉMA FRANÇAIS
 

1er film français de Max Ophuls après son retour des États-Unis en 1950, adaptation libre d’une pièce d’Arthur Schnitzler jugée « pornographique » à sa sortie, La Ronde est une réflexion désenchantée sur la vacuité du sentiment amoureux face au plaisir charnel. Splendidement mis en scène avec ses travellings à 360°, La Ronde fut un énorme succès lors de sa sortie, notamment grâce à sa pléïade de grands acteurs. Un chef-d’oeuvre absolu du cinéma français à admirer dans sa restauration 4K !

Réalisation : Max OPHULS
Avec : Anton WALBROOK, Simone SIGNORET, Serge REGGIANI, Danielle DARRIEUX & Gérard PHILIPE

 

Visa n° 9 870

        
        
Réalisateur
Rainer Werner FASSBINDER

Max OPHULS

Max Oppenheimer naît le 6 Mai 1902 à Saarbrücke en Allemagne, dans une famille d’industrielles juifs. Après des études classiques, il devient acteur de théâtre à l’orée des années 1920. Rapidement, Max, devenu Ophüls, devient un metteur en scène renommé, adaptant Shakespeare, Stefan Zweig, ou encore Goethe, futur terreau de son travail de cinéaste. Cette décennie est déterminante quant à sa carrière cinématographique, dont on en perçoit les traces dans son style fluide parsemé de longs travellings laissant la part belle aux acteurs.

 

Ses premiers pas au cinéma sont à l’initiative d’Anatole Litvak, qui l’engage comme dialoguiste et traducteur de Calais-Douvres (1931). Sa première réalisation, la même année, est une commande de la UFA, On préfère l’huile de foie de morue, moyen-métrage pour enfants écrit par Emeric Pressburger, futur comparse de Michael Powell. Ce premier film marque sa rencontre avec le chef opérateur d’Eugène Schüfftan, élément essentiel de l’esthétique si singulière que le réalisateur développe durant leurs cinq films en France.


Premier long-métrage, Le Studio Amoureux est une opérette, suivie de la Fiancée Vendue, d’après un opéra de Bedrich Smetana, première rencontre avec son co-scénariste Curt Alexander, lui aussi fidèle jusqu’en 1940. Œuvre de transition entre la période allemande et française, Libelei marque sa première incursion chez le dramaturge viennois Arthur Schnitzler avec le destin tragique d’une modeste jeune femme amoureuse d’un officier de la garde impériale de François-Joseph.

Comme certains de ses compatriotes à la même époque, Max Ophüls fuit le Nazisme en 1933, et effectue un premier crochet par l’Italie avec La Signora di Tutti, drame d’une chanteuse à succès se remémorant son passé après une tentative de suicide. Prenant la nationalité française en 1935, Ophüls réalise Divine, une satire du music-hall sur un scénario de Colette, puis La Tendre Ennemie, une comédie fantastique en flash-back suivant trois fantômes qui assistent au mariage de la fille de l’un d’eux. Tourné en Hollande, La Comédie de l’Argent voit le duo Schüfftan/ Ophüls rivaliser d’audaces visuelles pour illustrer les aventures d’un bonimenteur de foire ; avant l’exotique Yoshiwara, ou la romance entre une geisha et un soldat franco-russe, tandis que Le Roman de Werther adapte Goethe. L’année 1940 est marquée par sa collaboration avec Edwige Feuillère, dans le drame Sans Lendemain, en mère de famille contrainte de devenir entraîneuse de revue, puis dans De Mayerling à Sarajevo. On y suit le destin de la compagne de l’Archiduc François-Ferdinand, tout au long du déclin de l’Empire autrichien, jusqu’à l’embrasement de l’Europe en 1914. Coïncidence troublante, le tournage du film se voit malmené par le début de la Seconde Guerre Mondiale. Interrompues le temps de la mobilisation d’Ophüls, les prises de vue s’achèvent finalement en février 1940.

 

Contraint une seconde fois à l’exil, Ophüls débarque à Hollywood en 1941. Bien que bénéficiant d’un statut de cinéaste culte, Ophüls navigue de projets avortés en projets avortés jusqu’en 1946, où Douglas Fairbanks Jr. lui confie la réalisation d’un film d’aventure, le bien nommé L’Exilé. Remontant dans l’estime des producteurs, Max Ophüls retrouve Stefan Zweig avec Lettre d’une inconnue, qui renoue avec son imaginaire nostalgique et romantique des années européennes, dans une Vienne du début du XXème siècle. Il conte l’idylle manquée entre Louis Jourdan, aristocrate sur le déclin, à la veille de sa probable mort, et Joan Fontaine, jeune femme d’un milieu modeste, rappelant une autre héroïne « ophulsienne », Libelei.

 

Ophüls exprime alors sa volonté de réaliser des films foncièrement « américains », d’abord avec le film noir Caught, mais surtout avec Les Désemparés, tous deux marquant les débuts américains de James Mason. Pour Les Désemparés, il laisse parler son intérêt pour le néo-réalisme italien et ancre pour la première fois son intrigue au cœur de la classe moyenne américaine de l’après-guerre. Mais les personnages de mère de famille (Joan Bennett) sensible au maître chanteur (James Mason), tous deux pris dans les contingences de leur milieu social respectif, ne déparent pas des bourgeois et aristocrates qu’Ophüls a décrit par le passé.

 

De retour en Europe en 1950, il entame la dernière partie de sa carrière, atteignant la quintessence de son style, ne reculant devant aucune audace formelle pour décrire encore et toujours cette Europe de la Belle Epoque, un univers de courtisanes déchues, d’intrigues amoureuses et de désillusions romanesques.

 

« Tournant » autour de l’amour sous toutes ses formes, La Ronde renoue avec Arthur Schnitzler pour son plus grand succès d’après-guerre. Un narrateur omniscient (Anton Walbrook) observe diverses histoires d’amour dans les rues de Vienne, où se croisent Simone Signoret, Serge Reggiani, Danielle Darrieux ou encore Gérard Philippe. Compilation de trois nouvelles de Guy de Maupassant, Le Plaisir reproduit le même principe : trois destins amoureux, entourés d’une galerie d’acteurs prestigieux.

 

Madame De… et Lola Montès se concentrent sur deux destins de femmes bafouées par la société. Dans Madame De…, Danielle Darrieux est une comtesse obligée de vendre ses bijoux de famille pour éponger des dettes de jeux, point de départ à une histoire d’adultère au cœur du Paris du XIXème siècle. Point d’orgue d’une filmographie exubérante, Lola Montès apparaît comme une conclusion logique avec ce personnage de courtisane expatriée à la Nouvelle-Orléans, devenue une attraction de cirque qui raconte en détail ses liaisons passées avec la noblesse européenne. Premier film en couleurs et en Scope pour Max Ophüls, c’est une œuvre coupée et remontée dans le dos de son créateur, et mal reçu par la critique à sa sortie pour ses partis pris esthétiques jugés trop osés. Cependant, c’est par ce film que la jeune garde de la Nouvelle Vague va le placer comme cinéaste de référence.

 

Déçu et en proie à des problèmes cardiaque, Max Ophüls retourne en Allemagne, pour une version théâtrale à succès du Mariage de Figaro. Il parvient à mener jusqu’aux premiers tours de manivelle, Montparnasse 19, un biopic sur le peintre Modigliani incarné par Gérard Philippe, avant d’être remplacé par Jacques Becker.

 

Max Ophüls s’éteind le 26 mars 1957, à Hambourg. Rares sont les cinéastes à être parvenu à construire une œuvre aussi unie thématiquement que formellement. Respecté par les plus grands metteurs en scène de son vivant, souvent comparé à Orson Welles, Max Ophüls reste l’un des plus grands cinéastes du XXème siècle.

 

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