279.jpg279.jpg

UNE FEMME DISPARAÎT

(The Lady Vanishes)

Un film de Alfred HITCHCOCK | Policier-Suspense | Royaume-Uni | 1938 | 97mn

Dans une région montagneuse d’Europe de l’Est, une avalanche force un groupe de voyageurs à passer la nuit dans un petit hôtel. Parmi eux se trouvent plusieurs Britanniques fantasques dont Iris, une jeune femme qui doit prochainement se marier. Le lendemain, à la gare, elle est assommée par un pot de fleur. Miss Froy, une vieille dame mélomane, s’occupe d’elle dans le train et la remet d’aplomb. Peu après cet épisode, Iris fait une sieste, mais au réveil Miss Froy a disparu et, lorsque Iris la recherche, tous les voyageurs nient avoir vu cette vieille dame…

Sortie en salles le 28 avril 2010


Construit comme une rêverie éveillée, Une femme disparaît repose sur un scénario abracadabrant, l’un des meilleurs qu’Hitchcock ait tournés pendant sa période anglaise. En grande partie réalisé dans un décor de train, le film illustre une drôle d’enquête peuplée de personnages tellement cocasses qu’ils en deviennent tous louches. La mise en scène brillante d’Hitchcock interroge les notions de doute et de réalité, ici sur un mode comique, inaugurant une étude du psychisme humain qui mènera à de nombreux autres grands films comme La Maison du docteur Edwardes ou Psychose. Avant-dernier film d’Hitchcock en Angleterre, Une femme disparaît en est aussi l’un des plus mémorables.

Réalisation : Alfred HITCHCOCK

Scénario : Sidney GILLIATT & Frank LAUNDER, d'après le roman The Wheel Spins d'Ethel Lina WHITE

Avec : Margaret LOCKWOOD, Michael REDGRAVE, Paul LUKAS, Dame May WITTY & Cecil PARKER

Musique : Louis LEVY

Montage : R.E. DEARING

Directeur de la photographie : Jack COX

Production : Gainsborough Pictures Ltd.

Producteur : Edward BLACK

        
        
        


        
                    
Réalisateur
Rainer Werner FASSBINDER

Alfred HITCHCOCK

Né à Londres le 13 août 1899, fils d’un marchand de légumes, Alfred Hitchcock poursuit des études d’ingénieur, vite interrompues pour créer les cartons des productions de la Famous Players Lasky (filiale anglaise de la Paramount) au début des années 20. Il touche à divers postes de la production cinématographique : directeur artistique (pour John S. Robertson et George Fitzmaurice notamment), scénariste, assistant, monteur. C’est surtout auprès de Graham Cutts qu’Alfred Hitchcock fait ses classes entre 1922 et 1924, prenant du galon pour The Prude’s fall, se retrouvant en charge de beaucoup de responsabilités sur un tournage étant parasité par les turbulences de la vie privée du réalisateur.

 

Après le faux départ qu’est l’inachevé Number 13, Le Jardin des plaisirs est sa véritable première réalisation, proposée à ce dernier par le producteur Michael Balcon (collaborant neuf fois avec lui par la suite jusqu’à son départ pour Hollywood), après qu’Hitchcock ait été écarté du tournage de The Rat par Graham Cutts. On ne découvre cette première histoire de meurtre que deux ans plus tard, lorsque L’Éventreur, son troisième long-métrage, remporte un grand succès en 1927. Il permet à Alfred Hitchcock de franchir une première étape grâce à cette vision gothique du personnage de Jack L’Éventreur s’en prenant aux jeunes blondes des nuits londoniennes, où se croisent des influences littéraires entre Kafka, Poe et Dostoïevski, fils rouges de sa carrière.

 

Sa période muette l’exerce à divers genres tels que le film d’aventure, C’est la vie, où un jeune garçon exclu par sa famille pour un vol qu’il n’a pas commis, ou encore la comédie de remariage avec The Farmer’s Wife, avec son fermier veuf bien décidé à trouver une nouvelle épouse. Alfred Hitchcock s’accommode de l’arrivée du parlant avec Chantage. Premier exercice avec cette technologie (d’abord tourné en muet), sous l’impulsion de son producteur John Maxwell, qui a spécialement importé le matériel nécessaire venu d’outre-atlantique, ce film, « expérimental à tout point de vue » selon son auteur, développe l’un de ses thèmes de prédilection : le conflit entre l’amour et pouvoir.

 

Du Chant du Danube (biopic sur le compositeur autrichien Johan Strauss), et l’enchaînement de L’Homme qui en savait trop, Les 39 Marches, Les Quatre de l’espionnage, Sabotage, Jeune et Innocent, Une femme disparaît, pour finir avec le mystère tropical adapté de Daphne Du Maurier qu’est La Taverne de la Jamaïque avec Charles Laughton, la période « anglaise » d’Alfred Hitchcock l’impose au rang de meilleur réalisateur de la péninsule à cette époque, dont le succès s’étend au-delà de ses propres frontières. Cette succession de films policiers, fait souvent la part belle à l’espionnage, aux histoires d’amours cruelles et surtout aux morceaux de bravoure de mise en scène, dont le but premier est de manipuler le spectateur et d’en faire un personnage à part entière des intrigues qu’il décrit.

 

Fuyant l’Europe troublée par la Seconde Guerre Mondiale, comme bon nombre de ses pairs, Alfred Hitchcock répond à l’offre de David O’Selznick et propose un premier film aux accents gothiques et vénéneux qui va durablement influencer les films noirs de la veine de Laura (Otto Preminger). Une fois de plus tiré de l’œuvre de Daphne Du Maurier, Rebecca voit Joan Fontaine se substituer peu à peu à la défunte épouse de Laurence Olivier, dont le souvenir imprègne les murs de son immense manoir. Au cœur de la Seconde Guerre Mondiale, le cinéaste se met au diapason de l’industrie hollywoodienne, proposant des œuvres de « propagande » (Correspondant 17, La Cinquième Colonne et Lifeboat). En marge de ces productions, Joies matrimoniales apparaît comme un OVNI comique sur le couple, défiant la censure, tandis que Soupçon, première rencontre avec Cary Grant, renoue avec l’atmosphère trouble et anglaise de Rebecca, affirmant son statut de maître du suspense, en approfondissant ses recherches sur la psyché de ses personnages. Des délires psychédéliques orchestrées par Salvatore Dali dans La Maison du Docteur Edwards au manipulation des Enchaînés et la réflexion sur le mal en un seul plan-séquence de La Corde, Alfred Hitchcock s’appuie de plus en plus sur la thématique du Faux Coupable (Henry Fonda) déclinée dans L’Ombre d’un Soupçon (Joseph Cotten en méchant oncle) et La Loi du Silence (Montgomery Clift en prêtre intègre).

 

A partir des années 50, Hitchcock se concentre sur la réalisation de grands films à suspense en technicolor, où James Stewart et Cary Grant s’alternent au générique, tout en développant la fameuse figure de la mystérieuse femme blonde (Kim Novak, Eva Marie Saint, Janet Leigh, Grace Kelly et Tippi Hedren s’y succèderont). Apogée de l’esthétique (le scope de Robert Burks, la musique de Bernard Hermann) et de la mécanique hitchcockienne, cette période fait voir le jour à des classiques comme le remake de L’Homme qui en savait trop, Sueurs Froides, La Mort aux trousses, Fenêtre sur cour, ou encore La Main au collet, avant de retourner à des formats plus courts tournés vers l’horreur avec l’assassin travesti du proto-slasher Psychose et l’incursion gore des Oiseaux avec ses corbeaux carnassiers, proches des nouvelles méthodes de productions télévisuelles.

 

La décennie suivante voit le cinéaste ralentir la cadence, se concentrant sur sa série télévisée à suspense, « Alfred Hitchcock présente », vignettes à l’image de « Thriller » et « La Quatrième Dimension » à la même époque, où l’on croise des réalisateurs de qualité écartés des plateaux de cinéma (Ida Lupino ou Robert Florey), et des nouvelles têtes (Robert Altman et Stuart Rosenberg). Au cinéma, il continue d’exploiter sa marque de fabrique, avec Pas de Printemps pour Marnie, avec Sean Connery, et Le Rideau Déchiré avec Paul Newman, avant de retourner en Angleterre pour son dernier film, Complot de Famille, qu’il concéde de lui-même comme l’une de ses œuvres les plus mineures.

 

Tout a été dit et écrit sur Alfred Hitchcock, anciennement vu comme un efficace entertainer en son temps, glorifié aujourd’hui pour son modèle de mise en scène grâce à la cinéphilie française. A présent, il est unanimement considéré comme l’un des dix grands réalisateurs du 20ème siècle, dont la stature dépasse celui de « Maître du suspense ».

 

Soyez le premier à donner votre avis sur ce film

279 2.jpg279 2.jpg

279 1.jpg279 1.jpg