BAS-FONDS, LES

(Donzoko)

Un film de Akira KUROSAWA | Drame | Japon | 1957 | 137mn | N&B

Dans les bas-fonds d’Edo, à l’écart du reste de la ville, se dresse une auberge miteuse tenue par l’avare Rokubei et sa femme Osuji. Une dizaine de personnes vivent dans cette cour des miracles, parmi lesquelles un acteur raté, un ancien samouraï, une prostituée et un voleur. Un jour, un mystérieux pèlerin débarque dans ce lieu de misère. À son contact, les habitants de l’auberge se mettent à rêver et à croire en de jours meilleurs…

Au cinéma le 9 mars en version restaurée inédite dans le cadre de la Rétrospective Akira Kurosawa - Les Années Toho

 

KUROSAWA POSE UN REGARD BIENVEILLANT SUR LA MISÈRE HUMAINE

AVEC CE HUIS-CLOS ADAPTÉ DE LA PIÈCE DE MAXIME GORKI

 

Après Le Château de l’Araignée, Akira Kurosawa se lance dans une nouvelle adaptation, celle des Bas-Fonds, célèbre pièce de théâtre du Russe Maxime Gorki – également adaptée par Jean Renoir en 1936. Cette histoire de miséreux vivant en marge de la ville est transposée dans le Japon de l’ère Edo, une période marquée par une grande disparité entre les classes sociales. Les Bas-Fonds est un huis-clos que les habitants – et le spectateur – ne quittent jamais, créant une sensation d’étouffement face à ces personnages enfermés, littéralement enterrés dans les bas-fonds de la capitale – leurs habitations sont regroupées en une sorte de fosse, dans laquelle les résidents extérieurs déversent sans scrupules leurs ordures. Kurosawa opte pour une approche naturaliste pour dépeindre cette galerie de personnages déchus, hommes et femmes n’ayant même plus la force de rêver… jusqu’à l’apparition du pèlerin, allégorie à forme humaine de l’espoir. À son contact, ces individus se rassemblent progressivement jusqu’à former un semblant de communauté ; le cinéaste filme alors de magnifiques scènes de communion autour d’une chanson et d’une danse. Ces quelques parenthèses de légèreté illuminent le film, lui donnant une touche tragi-comique, et amènent beauté et tendresse au sein de ce grand film au réalisme parfois cru et au désespoir lancinant. En tournant Les Bas-Fonds, le cinéaste parvient à rendre leur humanité à ces hommes et ces femmes que la vie n’aura pas épargnés.

        
        
Réalisateur
Rainer Werner FASSBINDER

Akira KUROSAWA

 
Né en 1910, Akira Kurosawa est l’un des cinéastes japonais les plus acclamés du XXe siècle, dont l’impressionnante carrière a donné naissance à un florilège de chefs-d’oeuvre puissants et indémodables. En cinquante ans, le cinéaste a touché à tous les genres : le film d’action, la fresque historique, le film noir, le drame intimiste… Grand connaisseur de la littérature occidentale, il a également transposé de nombreux auteurs à l’écran : de Shakespeare (Le Château de l’Araignée) à Maxime Gorki (Les Bas-Fonds), en passant par Ed McBain (Entre le ciel et l’enfer).
C’est à l’âge de 25 ans que Kurosawa entre à la Toho – alors appelée Photo Chemical Laboratories – où il occupe dans un premier temps le poste d’assistant-réalisateur. Il y réalise son premier film, La Légende du grand judo, huit ans plus tard. Dès lors, sa filmographie se fait en grande partie au sein de ces célèbres studios japonais, et il finira par être son réalisateur emblématique.
Kurosawa a été l’un des plus importants ambassadeurs japonais à l’étranger car son oeuvre est de fait indissociable de son pays. Ses films sont de formidables témoignages sur le Japon – aussi bien médiéval (Qui marche sur la queue du tigre…) que contemporain (Vivre dans la peur) – dans lesquels le cinéaste fait preuve d’un regard empreint d’humanisme, mais néanmoins critique, sur la société nippone. Son art du réalisme visionnaire fait de Kurosawa rien de moins qu’un double cinématographique de Dostoïevski, l’une de ses principales références littéraires. Cinéaste influencé par la culture occidentale, il finira par l’influencer à son tour ; Martin Scorsese, Clint Eastwood, George Lucas… de grands réalisateurs d’aujourd’hui vouent un culte à son oeuvre.

 

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