À 18 ans, le sexe est l’unique passion de Nejiko. Elle fait la rencontre d’Homme, avec qui elle espère bien faire l’amour. Mais Homme reste insensible à ses avances : obsédé par l’idée de mourir, il cherche en vain celui qui acceptera de le tuer. Alors qu’elle l’a attiré sur une plage, tous deux sont capturés par une bande de yakuzas, qui les emmènent dans leur repaire…
Si Été japonais : double suicide intègre à priori la catégorie populaire du film de yakuza, il est surtout l’un des films les plus intrigants de son auteur, qui retrouve le pessimisme et la violence de L’Obsédé en plein jour. Dans un Japon comme réduit à sa propre abstraction, dont les habitants se résument au mieux à leur obsession, au pire à leur seule fonction, Oshima déconstruit la question du « double suicide », son entrelacs de sexe et de mort, Eros et Thanatos.
Né à Kyoto en 1932, Nagisa Oshima représente la figure de proue de la nouvelle vague japonaise et le partisan d’une notion exacerbée du cinéma d’auteur.
Après des études de droit politique à l’Université de Kyoto, il entre en 1954 à la Shochiku en tant qu’assistant-réalisateur, notamment avec Yoshitaro Nomura, Masaki Kobayashi, et Hideo Oba. Le studio Shochiku lui permet de tourner ses premiers films, Une ville d’amour et d’espoir (1959), Contes cruels de la jeunesse (1960) et L’Enterrement du soleil (1960), films au sujet neuf et au style énergique qui le désignent comme l’un des chefs de file de la « nouvelle vague japonaise ».
Mais son film suivant, Nuit et brouillard au Japon (1960), tourné pratiquement à l’insu du studio et traitant d’un sujet politique brûlant, cause un scandale. La Shochiku retire le film de l’affiche au bout de 4 jours. Oshima quitte la compagnie avec fracas et crée sa propre compagnie, la Sozosha, avec l’aide de sa femme, l’actrice Akiko Koyama.
Il tourne alors une douzaine de films s’attaquant à divers tabous du Japon moderne, en particulier le sexe et le crime. C’est dans cette perspective que se situent L’Obsédé en plein jour,Été japonais : double suicide, À propos des chansons paillardes au Japon et Le Retour des trois soûlards. En marge des chefs-d’œuvre plus classiques comme Le Petit garçon (1969) ou La Cérémonie (1971), ces 4 films comptent parmi les plus provocateurs de leur auteur. Formellement audacieux, politiquement rebelles, ils associent drame et burlesque et laissent une très forte impression de liberté artistique totale. Encore méconnus aujourd’hui, ils illustrent une période exceptionnellement fertile et inventive dans la carrière du réalisateur.
À la fin des années 60, Oshima dissout sa compagnie, pensant abandonner le cinéma. C’est grâce à la collaboration d’un producteur français, Anatole Dauman, qu’Oshima peut tourner ce qui devient son plus grand succès international : L’Empire des sens (1976). Il réalise ensuite L’Empire de la passion (1978) prix de la mise en scène à Cannes, Furyo (1983) avec David Bowie et Max, mon amour (1986), et se consacre également à la télévision. Son dernier film, Tabou, remonte à 1999.